
A PROPOS
Je suis Fanny GOUBE, artiste plasticienne installée à Roubaix. Formée aux arts appliqués, j'ai d'abord travaillé dans la scénographie et le design d'espace avant de développer une pratique artistique personnelle.
Mon travail se déploie aujourd'hui autour du dessin, de l'encre et de la céramique . Je suis résidente aux Ateliers Jouret, tiers-lieu artistique roubaisien, où je participe à la vie du lieu et propose régulièrement des ateliers ouverts au public.
Mon engagement autour de la santé mentale et des publics fragilisés se prolonge par ailleurs à travers deux expositions prochaines : avec le collectif Les Partageurs, dans le cadre de la Semaine de la santé mentale, et au 111 des Arts, dédiée aux enfants malades.
J'interviens également comme professeure d'arts appliqués au sein des écoles de la région lilloise. Ces expériences de transmission nourrissent ma pratique et mon envie de rendre la création accessible à différents publics, à travers une approche fondée sur l'expérimentation et la découverte des matières.
MA DÉMARCHE
Mon travail explore la mémoire, le souvenir et les souffrances psychiques à travers le paysage, le visage, et le corps. La mémoire n'est pas pour moi une archive stable : elle se transforme, s'efface et se recompose. C'est ce mouvement qui nourrit ma pratique.
La matière occupe une place centrale. Le fusain, l'encre et la terre sont des médiums qu'on ne maîtrise jamais totalement : ils obligent à composer avec l'imprévu, et gardent la trace du processus qui les a transformés.
Mon travail se construit dans cette tension entre le contrôle et sa perte. Je construis mes images avec précision, tout en laissant place à l'accident. Effacer, recouvrir : ces gestes répétés ne visent pas seulement à parfaire l'image, mais à ouvrir de nouvelles possibilités. Le processus garde ainsi visibles les étapes de sa transformation, comme un écho à la mémoire qui s'enrichit de ce qu'elle traverse.
La figure humaine occupe une place essentielle dans cette recherche. Je ne cherche pas à la représenter, mais à faire apparaître, à travers elle, ce qui la traverse intérieurement. Le dessin déforme et déplace son image pour laisser émerger une tension entre ce qu'on montre et ce qu'on cache : le corps devient un support de projection plutôt qu'un motif.
Des écritures spontanées s'intègrent parfois : un même mot ou une même phrase, répétés, comme une obsession qui revient sans qu'on puisse l'arrêter. Le trait, noir et vibrant, souligne par endroits le contour d'un visage, d'une silhouette, une manière d'insister, de créer un va-et-vient entre le souvenir et ce que l'on voudrait oublier. Le fusain, matière qui s'efface et se superpose presque sans fin, me permet de travailler cette tension entre mémoire et effacement.
Le processus compte autant que l'image finale. Observer ce qui advient, accepter de perdre une partie de ce qui a été construit, puis reprendre : c'est une façon de travailler avec l'incertitude.
C'est cette expérience du geste et de la matière que je souhaite transmettre, car à mon sens, l'enjeu actuel n'est pas seulement de produire une image, mais de (ré)apprendre à grandir à travers ce cheminement où l'erreur et l'imprévu deviennent des ressources.